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La transformation numérique doit tenir compte des enjeux de durabilité articulés autour des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. C’est en partant de ce constat que des designers ont cherché à établir des bonnes pratiques.

Avec l’arrivée d’Internet, notre société a été profondément remodelée. Cette tendance s’est encore accélérée avec la crise sanitaire liée au coronavirus. Aujourd’hui, le lèche vitrine se fait souris en main et les boutiques ont tout intérêt à soigner leurs sites. Cependant, cette transformation ne doit pas se faire sans tenir compte des enjeux de durabilité articulés autour des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). C’est en partant de ce constat que des designers ont cherché à établir des bonnes pratiques afin d’aller dans ce sens.

Améliorer l’expérience client et réduire les émissions

Le premier aspect de la durabilité est l’aspect environnemental. Les différents experts situent le poids du numérique autour de 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit deux fois plus que le secteur de l’aviation civile. Et la tendance n’incite pas à l’optimisme puisqu’au rythme actuel de 8% de croissance par an, cette part pourrait doubler d’ici 20251 . L’association designers éthiques a publié en mars son « guide d’éco conception des services numériques » présentant les pistes concrètes à suivre.

Dans la lignée des travaux de Frédéric Bordage2 , ils soulignent notamment l’importance d’intégrer cet aspect le plus en amont possible du projet puisque c’est lors de la conception que les bonnes questions doivent se poser. La première étant : de quoi mon client a-t-il réellement besoin ? Dans une logique de sobriété, le meilleur moyen pour limiter son impact énergétique est d’éviter de développer une fonctionnalité superflue.

Et cela tombe bien car cet exercice – en plus d’être durable – a de grandes chances d’être financièrement intéressant. Une étude3 menée par une grande entreprise de monitoring numérique démontre que 80% des fonctionnalités proposées par leurs clients n’étaient jamais ou très rarement utilisées.

Pour aller dans ce sens, l’approche préconisée est celle du « mobile first » qui consiste à penser la conception de son service numérique en premier lieu pour sa version mobile. Cela permet notamment de se passer des services superflus, mais cela permet également au client de naviguer plus facilement et donc d’accéder à son service avec une meilleure expérience. Moins de clics et donc moins de ressources utilisées.

Réduire la facture et la fracture numérique

Au-delà du volet environnemental, cette approche permet également aux personnes en possession de matériaux numériques peu puissants d’accéder à ces services. Délestés de ses fonctionnalités ou autres plug-in non nécessaires, ces sites peuvent être consultés avec des téléphones aux performances modestes ou avec une connexion réseau non optimale de type 2G ou 3G.

Par conséquent, nous pouvons conserver nos appareils plus longtemps, et ainsi limiter notre empreinte carbone. En 2019 une étude4 menée par le Bureau Européen de l’Environnement (EEB) indiquait que si en Europe nous utilisions nos smartphones un an de plus avant de les remplacer, cela aurait le même effet que de retirer de la circulation 2 millions de voitures chaque année.
C’est aussi un réel moteur pour l’économie circulaire puisqu’en cas de réelle nécessité d’acheter un nouvel appareil, le marché de la seconde main devient une alternative aussi pertinente qu’économiquement intéressante.

Répondre aux enjeux d’accessibilité

Un service numérique durable se doit également de penser à l’intégration des personnes en situation de handicap. D’après les données du Comité national Coordination Action Handicap, on compte en France plus de 1,7 millions de malvoyants dont plus de 300 000 malvoyants profonds ou aveugles, plus de 2 millions de personnes en situation de handicap moteur et 1 million en situation de handicap mental.

Pour répondre à ce défi, les designers peuvent se reporter au Référentiel Général d’Accessibilité pour les Administrations (RGAA). Ce référentiel s’appuie lui-même sur les règles internationales Web Content Accessibility Guidelines (WCAG) qui sont organisées autour de 4 principes. Les sites doivent être perceptibles, utilisables, compréhensibles et robustes.

Cependant, bien qu’obligatoire pour les administrations depuis une loi de février 20055 le secrétaire d’état chargé du Numérique Cédric O déclarait il y’a quelques jours que « le taux de conformité au RGAA des sites publics [était] aux alentours de 20 à 25% ».
Comme l’indiquait le designer Tim Frick en 2014 « le design et l’expérience utilisateur sont les lieux où les graines de la durabilité du Web sont semées » 6 .

Au regard des différents éléments présentés, il semble évident que l’intégration de ces dimensions lors de la création des services numériques est la voie à suivre. Afin de sanctuariser cela, une des solutions – en attendant une réglementation alignée avec les objectifs de développement durable – serait que les entreprises intègrent ces critères ESG comme indicateurs clés de réussite du projet au même titre que la qualité, le coût ou le délai.

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1 Rapport « Déployer la sobriété numérique » publié par The Shift Project en Octobre 2020
2 Spécialiste français du numérique responsable, créateur de la communauté Green IT
3 Etude menée par l’entreprise Pendo en février 2019 sur la base de 850 clients dont Salesforce, Coupa ou BMC
4 The climate cost of « disposable smartphones” publié par EEB en Septembre 2019
5 Loi « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées »
6 Citation issue du livre “Design for sustainability” publié en 2014